Intervention au Conseil municipal du 13 avril : Budget 2015


Monsieur le Maire,

Le budget est l’acte politique par excellence, chacun le sait.

Après avoir laissé planer le doute sur votre capacité à le boucler, après avoir brandi la menace de la mise sous tutelle préfectorale ou de la cour des comptes, vous vous êtes décidé à présenter un budget équilibré.
Personne n’aurait compris un autre choix, incompatible avec l’exercice des responsabilités qui sont les vôtres.

Notre ville a historiquement une singularité budgétaire. Une singularité qui se révèle d’autant plus aujourd’hui que nous étudions le premier budget d’alternance depuis 1989.

Déjà en 1989, Louis Besson, fraichement élu maire avait dû composer avec cette particularité qui tient en 4 raisons :

  • Je vous avais, l’an dernier, proposé que l’audit financier remonte à cette date là…
    En 1989 donc, nous avions une dette tenant beaucoup aux engagements pris pour honorer l’opération de Curial et la construction de Malraux, un autofinancement négatif au moment de l’alternance (18 millions de francs) et une dette externalisée à la SAS (20 millions de francs). Bref, une situation très comparable à celle d’aujourd’hui.
  • Des bases de fiscalité ne donnant pas de marges de manœuvre,
  • La construction de Chambéry le Haut à l’occasion de laquelle la ville a accueilli sa banlieue sur son territoire. Un quartier qui a fait de Pierre Dumas le maire à avoir construit le plus de logements sociaux. Vous étiez à ses côtés à l’époque comme adjoint…
  • Une forte ambition des différents maires pour leur ville. Une volonté constante depuis plus de 40 ans d’aller de l’avant et de développer les fonctions de centralité de Chambéry.

Dans ce contexte, quels choix voulons-nous faire ?

  • soit on accepte la poursuite de la dynamique engagée et on prépare l’avenir, on se mobilise pour poursuivre le développement de notre ville malgré les contraintes, on porte une ambition en direction de la jeunesse pour l’avenir, pour nos enfants, on prône la concertation avec les acteurs de terrain que sont les associations et avec les institutionnels, on cherche à développer l’investissement pour préparer l’avenir.
  • Soit – et c’est le comportement que vous nous montrez jour après jour – on se replie, on accuse le passé, on construit un budget rabougri, « petit bras », on pratique la culpabilisation des autres, les petits et grands coups de rabots mesquins, accompagnés d’un discours extrêmement violent, d’une vindicte sans précédent et d’une volonté de cliver à outrance.

Le tout sur fond de hausse excessive des impôts, au pire moment pour nos concitoyens et de la pire façon en supprimant l’abattement et en martelant des slogans basés sur des théories financières qui rappellent la pensée conservatrice du début du XXème siècle donnant à penser que « l’emprunt, c’est toujours mauvais ».

Non, monsieur Dantin, l’emprunt n’est pas toujours mauvais, surtout dans une collectivité territoriale qui n’a pas le droit de construire un budget déséquilibré mais où la dette n’est pas un déficit ni un découvert,

Non, l’emprunt n’est pas toujours mauvais quand il est source d’investissement et donc d’emplois pour le secteur économique,

Non, l’emprunt n’est pas toujours mauvais quand il est au service des habitants, du vivre ensemble et d’une société que nous souhaitons apaisée et que nous voulons construire ainsi en offrant des services à chacun selon ses besoins.

Nous ne partageons pas votre vision étroite voire étriquée de notre ville car on sait où elle nous mène, nous ne rêvons pas de Malraux en théâtre municipal, de la Cité des Arts en école de musique, de la MJC en maison de quartier ni même peut-être un jour de Chambéry en sous-préfecture…

Nous pensons que notre ville – comme elle l’a fait par le passé avec les mêmes contraintes qu’aujourd’hui – doit aller de l’avant, doit se soucier de tous et doit offrir un niveau de services digne de ses 60 000 habitants.

Nous pensons que le travail effectué par Francis Ampe, Louis Besson et Bernadette Laclais au cours des dernières décennies n’a pas été incohérent avec celui effectué par Pierre Dumas.

Nous pensons que toute attitude revancharde et défaitiste est mortifère pour notre ville et que votre discours anxiogène ne peut tenir lieu de projet, que votre stratégie ne peut se résumer à taper sur vos prédécesseurs alors même que jamais vos prédécesseurs n’ont utilisé ces méthodes.

Je vous mets au défi de trouver dans la presse de l’époque de la dernière alternance l’équivalent des articles que l’on lit bientôt quotidiennement dans la presse locale et qui finissent par nous donner la nausée à force d’exagération.

Vous voulez un « régime de cheval » (plutôt un remède, non ?) pour Chambéry mais vous êtes surtout préoccupé à ce qu’on l’impute à vos prédécesseurs plutôt qu’à vous-même.

L’image d’une ville est fragile, difficile à bâtir, encore plus difficile à maintenir pour la rendre attractive. Cette image, cela fait un an que vous la dégradez sous prétexte d’attaquer vos prédécesseurs, pour mieux dissimuler votre propre responsabilité.

Cela fait un an que vous portez un discours anxiogène, une vision réductrice au sujet d’une ville dont les 50 dernières années ont vu le rayonnement s’accroitre dans des domaines aussi différents que la culture pour tous, le sport de masse et de haut niveau, la qualité de vie urbaine, les circulations apaisées, les transports publics, les services à la population.

N’est-ce pas le maire d’une ville tout à fait comparable à la notre qui avait l’habitude de dire « à Chambéry, du berceau au tombeau, la qualité des services à tous les niveaux » ?

Alors, nous ne pouvons pas vous suivre :

  • Sur l’alourdissement de la facture pour les Chambériens de 5,1 millions d’euros sans contrepartie de services, et de quelle façon : 2 millions prélevés sans progressivité. La même somme quelques que soient les moyens… et 3,1 millions par une hausse des taux de 8%.
  • Sur la baisse du stock de dette : quelle est l’urgence à faire cela alors que le stock de dette est pourtant stable depuis 2002, que les dotations baissent et que la fiscalité augmente ?
    Vous voulez être le pompier et vous faites le pyromane ! La dette c’est de l’investissement. Baisser la dette en période de moindre recettes c’est pénaliser l’investissement. D’ailleurs vous le diminuer de 3 millions. 3 millions qui n’iront pas irriguer le secteur économique, 3 millions de moins chaque année qui n’iront pas au soutien de l’emploi.
  • Sur le dérapage de la masse salariale symbolisé par des recrutements trop coûteux et en doublons avec les services : une mise à disposition de la SNCF à près de 100 000 euros par an et un chargé de mission que l’on imagine aux mêmes montants !
  • Sur une aliénation par principe du patrimoine chambérien : que vont devenir la mairie de quartier de Grenette et celle du Laurier ( maison Jorcin ) dans votre plan de regroupement des mairies de quartier ? Que deviendra Malraux si la scène nationale disparaît ? Que vont devenir la maison des parcs et celle du patrimoine ?
  • Sur la contraction des services aux Chambériens car c’est ceux qui en ont le plus besoin que vous pénalisez encore après leur avoir imposés les hausses fiscales déjà évoquées. La double peine pour les plus modestes : plus d’abattement et moins de services !

Enfin, vous confondez courage et carnage !

L’exemple des associations est éloquent. J’aimerais comprendre ce qui vous a amené à agir avec une telle brutalité et sans aucune concertation avec les acteurs eux-mêmes ?

Vous ne pouvez pas ignorer les risques que vous faites prendre à Malraux comme scène nationale et en baissant ainsi sa subvention vous remettez en cause 50 ans de continuité politique affirmant que la culture rassemble les citoyens, tous les citoyens. Vous ne pouvez pas ignorer que vous fragilisez la MJC en affichant une telle baisse de subvention.

Pourquoi certains clubs sportifs voient leur subvention augmentée ou bien trop légèrement baisser ?

Pourquoi une telle hausse du fonds d’intervention du sport sans que la ligne ne soit détaillée ?

Pourquoi une telle baisse du financement des animateurs sportifs, véritable attaque contre l’emploi ?

Toutes ces questions donne l’image de l’impréparation ou de la réponse singulière et non fondée sur l’intérêt général. Difficile de percevoir la cohérence.

Bref, votre budget est plus que politique, il est idéologique et inutilement brutal.

Plus de 3 mois après le début de l’exercice en cours, les associations ne connaissent pas encore le montant de subvention qui leur sera alloué… mais peut-être est-ce là encore la faute de vos prédécesseurs ?

Vous ne pourrez pas longtemps nous faire des budgets à la Ponce Pilate, vous lavant les mains de tout…puisque c’est la faute des autres.

On ne peut pas vous suivre parce que nous pensons avec conviction et responsabilité que d’autres choix sont possibles :

  • Nous n’aurions pas fait de la baisse du stock de dette une priorité des 3 prochaines années pour éviter de ralentir encore l’activité économique en affaiblissant l’investissement public. Nous n’aurions pas supprimé l’abattement à la base et aurions préféré annoncer, courageusement, une hausse des taux progressive, moins violente, plus régulière sur l’ensemble du mandat,
  • Nous n’aurions pas engagé de nouvelles dépenses par de nouveaux recrutements de salariés tout en annonçant des restrictions aux personnels en place ; nous n’aurions pas lancé la réalisation d’un centre de supervision vidéo couteux en investissement et surtout à terme en fonctionnement,
  • Nous n’aurions rien précipité sans avoir ouvert le débat entre les 24 communes de l’agglomération sur les missions de centralité de Chambéry. Puis nous aurions organisé une vaste concertation avec les associations pour dégager conjointement des marges de manœuvre, étudier chaque situation et convenir des efforts à fournir et de la planification de ces efforts dans le temps.

D’autres choix sont possibles malgré votre discours défaitiste.

D’autres choix sont possibles et les Chambériens n’ont pas à payer si lourdement le poids de votre impréparation ou de votre manque d’anticipation.

D’autres choix sont possibles pour offrir à Chambéry et à ses habitants l’ambition qui a toujours guidé vos prédécesseurs de Pierre Dumas à Bernadette Laclais.

Ce n’est pas d’un petit budget sans projets et sans perspectives dont nous avons besoin mais d’une ambition pour Chambéry claire et partagée par nos concitoyens, d’un espoir et d’un enthousiasme pour nos enfants, d’un horizon crédible, responsable mais mobilisateur.

Retroussons-nous les manches plutôt que de pleurer sur notre sort !
Chaque fois que nous le pourrons, ici ou ailleurs, nous porterons ce message et invitons les Chambériennes et les Chambériens à le porter avec nous pour l’avenir.

Jean-Benoît Cerino
Conseiller municipal

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