Chape de plomb…


Lourd, pénible, délétère… les qualificatifs ne manquent pas pour rendre avec justesse ce que fut le dernier Conseil municipal de Chambéry.

En sortant de cette séance, somme toute assez brève, le récit biblique de la tour de BABEL m’est venu à l’esprit. Non pas comme ce projet d’atteindre le Ciel et de défier Dieu – restons résolument laïcs et humbles – mais plutôt à travers la confusion des langues qui marqua l’échec de la construction commune envisagée. Multiplicité des interprétations, difficulté à se comprendre et usage variable des mots, illustrent le drame, au sens théâtral du terme, qui se joue, trop souvent, lors du Conseil municipal de Chambéry.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » disait CAMUS. La formule est éloquente, simple et régulièrement vérifiée, ici comme ailleurs.

Alors, si je voulais résumer la séance de ce mercredi 15 juin en quelques formules, je dirais :

  • informer n’est pas concerter,
  • coopérer n’est pas se substituer,
  • déléguer n’est pas privatiser.

Je m’explique.

Déléguer n’est pas privatiser.
La délibération sur le choix du délégataire de service public devant prendre en charge la restauration scolaire a été l’occasion d’une charge soudaine, violente et sans nuance en direction de notre collègue Henri DUPASSIEUX.

Celui-ci regrettant qu’aucune réponse ne soit donnée à ses questions, posées par écrit plusieurs jours avant, les réitéra donc et se vit répondre par une tirade stupéfiante mélangeant délégation de service public, privatisation et attaques politiciennes gratuites  de la part de l’adjoint en charge, qui plus est à côté du sujet.

Le tout soutenu par un Maire qui croit encore qu’il y a parallélisme des formes quand, beaucoup, parmi les 35 élus majoritaires s’insurgent ou chahutent lors de la prise de parole d’un élu minoritaire…triste spectacle. Très vite, nous avons senti cette tension propre à ceux qui sont prêts à bondir pour faire taire leur interlocuteur, à tout prix. J’y reviendrai plus loin…

Au final nous n’avons pas voté ce rapport, en cohérence avec une position maintes et maintes fois affirmée : il faut que la restauration scolaire revienne en régie municipale dans l’intérêt de tous. Ce n’est pas le choix de la Municipalité. Nous le déplorons et expliquons pourquoi. En conséquence, il n’y a aucune raison de subir la colère des élus majoritaires…c’est le débat démocratique, un point c’est tout.

Coopérer n’est pas se substituer.
L’adjoint à la sécurité nous a présenté un avenant à la convention établie entre la police municipale et la police nationale. L’objet principal est de créer une « brigade de nuit ». La mise à disposition d’armes à feu est présentée comme une conséquence de cette décision dans un contexte de nécessaire protection des agents.

L’idée d’une brigade de nuit est bonne et nous l’affirmons clairement. Tous les habitants de Chambéry ont droit à la tranquillité publique, mission essentielle et principale de la police municipale. En revanche, nous ne souhaitons pas que la brigade en question soit dotée d’armes à feu, d’armes qui tuent. La protection des fonctionnaires de la police municipale peut se faire avec toutes les autres formes d’armements spécifiques, non létales.

Si la question de fond mérite d’être posée et d’être débattue, une fois encore, la forme de cette délibération pose problème. On nous fait délibérer sur un avenant à une convention alors qu’il eut été bien plus simple de nous proposer une délibération créant la brigade de nuit puis une seconde modifiant la convention avec la police nationale. Cette souplesse permettait de débattre des vrais enjeux de la tranquillité publique et de la sécurité, de distinguer dans un vote séparé la question de la brigade de nuit et celle de l’armement létal.

C’était trop en demander… D’ici à ce qu’on soit obligé de délibérer à nouveau pour valider l’utilisation d’un certain type d’armes, il n’y a qu’un pas. Rendez-vous est pris pour un prochain Conseil municipal…

Reste une question de fond : quelles seront les missions réelles de cette brigade ? Quelle coopération avec la police nationale ? Si on arme les agents, n’est-ce pas pour leur confier des missions dangereuses élargissant ainsi leur champ d’intervention ? Une brigade canine n’aurait-elle pas été suffisante ? Bref, n’est-on pas en train de se substituer à la police nationale dans certains périmètres d’intervention ?

Enfin, n’est-ce pas un leurre que de penser qu’on va assurer correctement une mission de tranquillité publique sans s’en donner les moyens ? Combien d’agents vont-ils réellement être affectés à cette brigade pour répondre aux attentes des citoyens chaque nuit ? Trois, quatre ?
En matière de tranquillité et de sécurité, les « effets de com » sont vite désastreux et sont de sacrés boomerangs.

Nous n’avons pas participé à ce vote puisque la possibilité de nous prononcer distinctement au sujet de la création de la brigade de nuit (nous y sommes favorables) et de l’utilisation des armes à feu (nous y sommes défavorables) nous a été refusée. Henri DUPASSIEUX et Guy FAJEAU ont voté contre.

Informer n’est pas concerter.
Nous reparlons du sensible dossier du Plan de déplacements urbains (PDU). Nous avions posé une question sur les suites que comptait donner le Maire à la décision de justice du 27 mai, ordonnant la suspension des travaux. Nous avons redonné les trois motifs que le juge administratif a retenu dans son ordonnance puis expliqué que les travaux engagés par l’agglo n’étaient, ni plus ni moins, que l’engagement d’une révision du PDU qui ne veut pas dire son nom… Et l’on repense à CAMUS !

Nous avons rappelé que la concertation ce n’est pas l’information et qu’il fallait donc prendre le temps du dialogue, de l’échange et de l’amélioration citoyenne d’un projet important, modifiant profondément le réseau de bus, l’environnement urbain de notre agglomération et le service rendu aux habitants.

Puis j’ai terminé mon intervention comme suit :
« Dans le cas d’espèce, au regard des changements annoncés et qualifiés de « révolutionnaires », trois semaines de discussion, d’information ou de consultation ne peuvent pas répondre à l’impératif démocratique d’un tel projet. La volonté d’avancer ne peut pas se confondre avec une précipitation qui, au final, ferait perdre plus de temps et d’argent que le strict respect des procédures réglementaires et légales.
Le juge dira le fond courant juillet. Sa décision sera souveraine.
Un énorme travail a été effectué par les services de l’Agglomération et les élus en charge depuis des mois pour ne pas dire plus. Pourquoi avoir gardé secret ce travail ? Pourquoi tant de mystères et cette méthode en catimini ?
Pourquoi ne pas avoir lancé les procédures de concertation plus tôt ?
Tout serait terminé aujourd’hui et, à la place d’un litige, nous aurions eu un débat responsable et démocratique.
Là est la seule chose qui nous importe, que les citoyens soient impliqués dans une effective démocratie participative, responsabilisante et constructive. Il est toujours temps de le faire.« 

Je n’ai eu droit qu’à une fin de non recevoir : pas de réponse du Maire si ce n’est une petite pique, au passage, très révélatrice d’un certain état d’esprit. Agacé, il n’a pas pu s’empêcher de me dire que nous avions « bafoué le suffrage universel » – en allant en Justice  – mais que « c’était notre droit« . Fichtre !

D’habitude, ce sont plutôt ceux qui se sentent bafoués qui vont en Justice ou essayent d’y aller. Je demande donc la parole que le Maire finit par me donner et je constate avec affliction, au moment de m’exprimer, qu’un adjoint s’amuse à me couper le micro, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois… sourire goguenard affiché, empreint de satisfaction. Affligeant…

Je pose une simple question : comment le premier magistrat de la ville  – et à ce titre, officier de police judiciaire – peut-il sérieusement affirmer qu’aller en Justice pour trancher un litige et faire valoir les droits des habitants à être écoutés et entendus, c’est « bafouer le suffrage universel » ?
Quelle drôle de conception de la démocratie qui laisserait croire que l’élection confère l’impunité et un droit d’agir sans respecter les lois et les règles.

Voilà pour ces sujets. Une vingtaine d’autres délibérations ont été étudiées.

Guy FAJEAU a réaffirmé notre souhait de gratuité des services périscolaires. Face au maintien de la tarification, nous n’avons pas voté cette délibération.

Françoise MARCHAND a questionné le Maire sur la délibération très technique liée à l’assurance chômage. Nous avons compris, politiquement, que le dispositif actuel coûte cher à la Municipalité puisqu’elle rompt beaucoup plus de contrats qu’auparavant… Après avoir demandé une estimation des coûts, nous avons voté le rapport.

Alain CARACO est revenu sur le dossier complexe de Numéricable pour s’assurer que la collectivité avait bien anticipé les évolutions possibles dans un domaine très changeant. Nous avons voté ce rapport.

Jean-Pierre RUFFIER, une fois encore, a rappelé notre ferme opposition à la construction d’un grand parking en silo le long de la LEYSSE, près du pont des Amours. Un tel aménagement, utile au demeurant, ne peut être que souterrain, permettant ainsi un geste urbain en surface. Il a ainsi pointé un manque de réflexion urbaine qualitative dans les projets actuels, regrettant les pis-aller en matière d’urbanité que représentent les palmiers en bac installés place du palais de Justice, notamment. Bernadette LACLAIS en a profité pour demander à ce que les trois statues de la place ne soient plus obligées de subir la présence disgracieuse du matériel de bar non utilisé du café voisin, qui se sert de la place du Palais de Justice comme lieu de stockage à l’année.
Le Maire à répondu que la remarque avait été faite au cafetier… mais rien ne bouge.

Enfin, nous devions étudier les aménagements prévus, boulevard de la Colonne, après le départ des bus prévu fin août mais – coup de théâtre – le Maire a retiré cette délibération, comme si de rien n’était, tête baissée, passant très vite au rapport suivant, croyant peut-être que nous ne relèverions pas… Cocasse.

Rappellons que nous avions alerté les élus, en commission urbanisme, le 2 juin dernier sur cette délibération qui nous semblait sujette à caution dans le  contexte actuel. En l’absence de la première adjointe, présidente de cette commission, l’adjoint  à la communication avait pris acte de notre remarque, sans qu’elle soit, pour autant, inscrite au compte-rendu… Nous avons donc constaté son inscription à l’ordre du jour envoyé à tous les élus puis, son retrait en séance, l’air de rien… Tout cela donne une impression étrange d’improvisation.

C’est néanmoins une preuve supplémentaire que la Majorité est en train de modifier structurellement le PDU sans vouloir engager la procédure de révision de ce dernier.

Suite le 11 juillet, date du prochain Conseil municipal.

Annexe :

Pour que chacun mesure bien l’ampleur des modifications du PDU en cours, voici une carte du réseau de bus actuel et une carte de celui qui débutera le 29 août 2016. Je vous laisse jouer au jeu des 7 différences et, vous risquez d’en trouver plus…

Carte du réseau de bus STAC du centre-ville de Chambéry, en 2015
Carte du réseau de bus STAC du centre-ville de Chambéry, en 2015
Carte du futur réseau de bus STAC du centre-ville, août 2016
Carte du futur réseau de bus STAC du centre-ville, août 2016

Une réflexion sur “Chape de plomb…

  1. Que de confusion, de précipitation, d’improvisation… La majorité a pourtant eu le temps de se préparer à gérer la ville. Que déduire de ces errements?

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