« Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup »


Le conseil municipal de Chambéry s’est tenu ce jeudi 20 septembre. Un peu plus d’une trentaine de rapports et peu de nouveautés.

Deux sujets méritent néanmoins que l’on s’y arrête pour tenter de bien les comprendre : la question des espaces verts du bas de Bellevue et celle du dispositif de « vigilance citoyenne ».

Bellevue : déclassement sans projet !?

De nombreux habitants du quartier s’étaient invités au début du conseil municipal pour faire part au maire de leur inquiétude et de leur incompréhension face à la décision de procéder au déclassement de deux îlots situés dans les premiers virages du boulevard de Bellevue. L’îlot n°3 étant constitué par ce que l’on a pris l’habitude d’appeler le « terrain de boules » et l’îlot n°4 concernant un bel ensemble arboré qui fait aujourd’hui figure de parc public au bas de la colline.

La municipalité a décidé de déclasser ces deux îlots. Cela signifie qu’elle propose de les « sortir » du domaine public des Chambériens pour, éventuellement, les vendre ou a minima en changer la destination. En effet, on ne peut pas vendre ce qui appartient à tous sans procéder à une opération technique qui s’appelle le déclassement.

Le maire a, ensuite, souhaité qu’une enquête publique puisse recueillir l’avis des riverains, des habitants et de toutes les personnes susceptibles de pouvoir demander des comptes sur cette opération de déclassement.

Outre le fait que l’enquête publique s’est déroulée du 10 au 24 juillet 2018, une période de l’année peu propice à une concertation de qualité, une importante mobilisation citoyenne a vu le jour avec la volonté d’attirer l’attention du commissaire enquêteur sur les contraintes liées aux lieux, le rôle joué, au sein du quartier, par ces espaces verts, les conséquences probables en terme de circulation et de stationnement, ; le tout posant plus globalement la question de la densification urbaine si proche de l’hypercentre alors que des opérations immobilières d’envergure sont en cours ou projetées dans ce même secteur du bas de la colline de Bellevue (5 immeubles de 55 logements donc sur ces deux îlots, 3 immeubles de 105 logements à la place de l’ancienne clinique Poirier, 2 immeubles à la place de l’actuelle crèche, la Farandole, un immeuble en construction à l’entrée de la résidence Sainte-Claire, un projet côté chemin de Jacob…sans compter les projets de préemptions).

Nonobstant ces arguments, le commissaire enquêteur a émis un avis favorable pour le déclassement de ces deux parcelles sur la base du projet immobilier ci-dessous.

Projet îlots 3 et 4 (cliquez sur les images pour agrandir) : 

Bellevue îlot 3Bellevue îlot 4

Le projet de déclassement a donc été présenté à l’ordre du jour du conseil municipal dans une délibération mêlant plusieurs autres déclassements… ce qui est très inhabituel.

Très posément et respectueusement, les habitants ont donc souhaité lire au maire leur arguments, toujours avec la même volonté d’être entendus et de faire valoir leurs inquiétudes.

C’est là que le sujet prend une tournure singulière.

Le maire et l’adjointe au logement leur ont, en substance, répondu qu’il « n’y avait pas de projet », que les croquis inscrits à l’enquête publique faisant état de la construction de 55 logements n’avaient pour objet que « d’envoyer un signe positif à l’État »…
Là on ne comprend pas très bien de quoi il s’agit et que vient faire une discussion avec l’État dans cette galère. D’autant que ce dernier s’est retiré de la rénovation urbaine qui concerne le reste de la colline et que le périmètre retenu par la Région pour cette même rénovation ne comprend pas ces îlots. Ajoutons que le maire a dit et redit qu’il n’y avait pas de projet.

Alors, très logiquement, nous posons deux questions :

  • S’il n’y a pas de projet, pourquoi procéder à ce déclassement ?
  • Comment, réglementairement, peut-on déclasser des parcelles du domaine public sans aucun projet ?

« Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » disait en son temps une femme politique bien connue… Ajoutons, pour la clarté des débats, que l’agglomération a refusé de mettre les conteneurs à compostage près des places de stationnement en haut du virage de l’îlot 4 et a décidé de les placer dans le virage car, plus haut, il doit il avoir des « passages de camions de chantiers » (sic)… Flou ? Loup ?

Face à ces ambiguïtés et malgré les réponses ouvertes et même apparemment constructives – si j’ose dire – de l’adjointe au logement, le maire n’a pas accepté de reporter ce déclassement et nous n’avons donc pas voté ce rapport.

Au-delà du sujet même de Bellevue, ce dossier nous oblige à nous interroger sur le nécessaire équilibre qui doit exister entre la densification urbaine et la préservation d’espaces naturels de respiration indispensables. La vision doit être globale, sur l’ensemble du territoire de l’Agglomération et il ne peut pas s’agir de déclasser des espaces verts de grande qualité sans un projet d’ensemble cohérent. Surtout, s’il n’y a, soi-disant, pas de projet !!!

Le débat est lancé et il sera important dans les prochains mois car chacun est de plus en plus conscient que la place de la nature en ville doit être repensée ; particulièrement en ces temps de réchauffement climatique ou la récurrence des canicules s’installe. Sur ces dossiers comme sur de nombreux autres, il faudra exercer une vigilance citoyenne !

 

Une « vigilance citoyenne » individuelle comme élément de la politique municipale de sécurité !?

Il est fréquent de voir que certains, souvent à droite de l’échiquier politique, revendiquent un monopole dans le domaine de la sécurité et de la tranquillité publiques – sujet fondamental pour le bien-être de nos concitoyens – comme s’ils avaient une sorte de prédisposition naturelle à savoir ce qu’il faut faire et comment il faut le faire, pensant qu’avant eux jamais rien n’a été fait ou pensé…. Tout cela correspondant à de vieilles lunes éculées qui relèvent plus de la caricature et du « café du commerce » que d’une volonté de se nourrir de toutes les propositions que peuvent faire les citoyens et les élus minoritaires.

Les questions de sécurité et de tranquillité publiques sont complexes et méritent mieux que d’être l’objet de clivages politiciens qui négligent les enjeux de long terme. En effet, toute société et groupe humain à besoin de tranquillité et de sécurité pour vivre et se développer. Rappelons que c’est une garantie énoncée dans la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789. Sur ce point, les démocrates, les républicains, brefs, ceux qui sont attachés aux libertés, ne devraient pas être divisés.

Là où les choses se compliquent, c’est dans la mise en oeuvre des réponses, l’état d’esprit dans lequel est faite cette mise en oeuvre et l’instrumentalisation politicienne et parfois même démagogique que certains sont tentés d’en faire…

Pour le dire directement, en matière de sécurité plus encore que dans d’autre domaines, le « bon sens » et les solutions apparemment évidentes sont bien souvent inopérantes dans la durée et ne résolvent pas en profondeur les questions qui sont soulevées par les mutations de notre société. L’enfer étant souvent pavé de bonnes intentions, je ne ferai pas de procès aux uns et aux autres car chacun – dans le paysage politique de ces 40 dernières années – est tombé dans ce piège.

Ainsi, on a essayé la police de proximité (Jospin), puis on l’a supprimée (Sarkozy), puis remise sous un autre nom (Hollande)… On a réduit les effectifs des commissariats dans les quartiers (Sarkozy), on a multiplié les délégations vers les polices municipales que l’on a poussé à s’armer pour faire également peser certaines missions sur elles, on a développé la vidéosurveillance dont l’efficacité fait plus que débat aujourd’hui selon la façon dont elle est utilisée ou dont le citoyen la perçoit (trop souvent comme une réponse immédiatement efficace alors qu’elle ne peut l’être que dans un cadre plus global d’une politique de sensibilisation, prévention et élucidation).
Par exemple, les caméras mises depuis des années dans les bus du STAC (bien avant l’arrivée de monsieur l’actuel adjoint à la sécurité municipale…) sont très efficaces mais favorisent ce que l’on appelle « l’effet plumeau » (report des incivilités ou délits hors du champ des caméras). Idem pour la piscine et la patinoire où leur présence à fait chuter  radicalement certaines formes d’insécurité.

Bref, la sécurité n’est pas un jouet à mettre entre les mains de ceux qui ne s’en servent que pour donner l’impression d’agir, faire des coups de com’ ou de l’électoralisme de bas étage en jouant sur les peurs et les bas instincts.

Une fois cela précisé, qu’est-ce que ce dispositif de « vigilance citoyenne » et pourquoi ne l’avons-nous pas voté ?

Il s’agit, en fait, de créer un réseau de « collaborateurs occasionnels » de la police nationale, dans divers quartiers de la ville. Leur rôle est de signaler des incidents, de lutter contre les cambriolages et d’assurer le lien entre les fonctionnaires de la police nationale et les habitants.

La mise en oeuvre des missions du dispositif est assurée par la direction de la police municipale comme le précise la convention (CF capture d’écran de l’article 2 de la convention de mise en oeuvre, ci-dessous)…

capture-dc3a9cran-2018-09-30-18-52-34.jpg

Rappelons une fois encore nos interrogations sur le rôle joué par le directeur de cabinet du maire – son principal collaborateur politique – qui fait aujourd’hui partie de la direction de la police municipale comme le montre l’organigramme présenté en comité technique il y a quelques semaines. Les cris d’orfraie du maire et de quelques-uns de ses élus n’y changent rien : ce sont simplement des faits !
Ci-dessous le premier documents – signé du maire et affiché dans les services – qui faisait état du positionnement hiérarchique du directeur de cabinet, en avril 2018.

Capture d'écran 2018-09-30 18.58.49

Face à la réaction très négative des fonctionnaires et syndicats, le maire a changé – en apparence – son fusil d’épaule et le dernier comité technique à fait du directeur de cabinet également un « directeur de projet » : citoyenneté – sécurité – prévention, sans lui rattacher fonctionnellement les deux autres directeurs de la police et de la prévention.
CQFD !

Au-delà de ces questions de liens fonctionnels et de hiérarchie qui sont importantes puissent qu’elles peuvent influencer très fortement une politique locale de sécurité et la mise en oeuvre des missions des fonctionnaires, le dispositif qui nous est proposé recèle de nombreux motifs d’inquiétude : qui va se porter volontaire ? Quel état d’esprit cela va-t-il créer dans les relations de voisinage ? Qu’en sera-t-il des libertés publiques et individuelles avec l’emploi de personnels volontaires non professionnels ?
De prime abord, cela pourrait paraître être du bon sens… sauf que, quand on y regarde de plus près, il y a un véritable flou dans le rôle réel des citoyens « volontaires » qui signent une charte de déontologie qui est plus que légère (CF document ci-dessous).

Capture d'écran 2018-09-30 19.06.14

Au final, je vous laisse vous faire une opinion en lisant l’intervention que j’avais préparée sur ce point ou regarder le débat du conseil municipal ci-dessous :

« Vigilance citoyenne » – Intervention en conseil municipal

 

 

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